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Vers un manifeste pour les standards ouverts.

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Standards ouverts

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–  mercredi 20 novembre 2002, par Julien Tayon

image 85 x 119Le nombre de projets de lois imposant l’utilisation de Logiciels Libres dans les administrations françaises ou d’autres initiatives similaires est en pleine expansion.

L’opinion de Libroscope est qu’une telle décision, si elle était appliquée :
- desservirait le logiciel libre plus qu’autre chose,
- ne permettrait pas d’atteindre forcément l’objectif poursuivi.

Notre proposition permettrait :
- d’imposer l’essentiel, à savoir que tout le monde puisse travailler avec les outils qui lui conviennent,
- aux logiciels libres, d’atteindre de nouveaux champs d’application, inimaginés auparavant.

Avant de vous présenter précisément notre point de vue, précisons que cet article est un développement qui va dans le sens de la prise de position de Bruce Perens contre le fait d’imposer des logiciels libres ou commerciaux en Californie. [1]

Qu’est ce qu’une norme ouverte ?

image 101 x 144Nous définissons une norme ouverte par les propriétés suivantes :
- elle est accessible à tous,
- son utilisation n’est soumise à aucune contrainte telle que paiement de royalties, Accord de Confidentialité (NDA), ou contrainte à l’inscription.
- le comité de rédaction des normes est raisonnablement ouvert à toutes les parties prenantes légitimes pour le secteur et fonctionne selon un système de revue par les pairs (peer review),
- son comité de rédaction est initialement constitué de personnes dont la compétence est reconnue,
- elle est évolutive (raisonnablement) par rapport au cycle de vie de ses mises en application réelles,
- elle ne porte pas sur le comment se comporter mais sur le comment faire.

Comme exemples d’autorités fonctionnant selon ce principe, nous prendrons comme références :
- l’IETF,
- le W3C (World Wide Web Consortium)

En résumé, une norme ouverte est soutenue par un organisme ouvert.

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Les standards ouverts

Il n’existe aucune façon simple de savoir si une norme est un standard autrement qu’en constatant son adoption :
- le Wi-Fi est un standard,
- Appletalk n’a pas été adopté ; ce n’est pas un standard.

Il est par ailleurs dangereux d’imposer une norme en particulier ; le risque serait d’empêcher des solutions innovantes de s’imposer, et de discréditer l’initiative par un manque de pragmatisme évident.

De la même manière, il n’existe pas forcément une norme unique pour un format donné :
- pour des raisons techniques, il est possible qu’il y ait plusieurs standards pour un même objet existent (diffusion de contenu vidéo [2] par exemple),
- et qu’ils répondent à des impératifs différents (compression, infalsifiabilité, haute fidélité).

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Quels secteurs sont particulèrement visés ?

Selon nous, il faut s’attacher à deux secteurs-clés :
- les protocoles de communication (Internet, la cryptographie, les échanges de données entre applications) ;
- les formats de données (documents écrits, audio, code source).

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En quoi consiste le fait d’imposer les standards ouverts ?

image 104 x 69Il consiste à inciter les parties prenantes à utiliser préférentiellement un standard ouvert quand celui-ci existe. Quand celui-ci n’existe pas, les parties prenantes peuvent se regrouper avec des organismes ayant des besoins similaires afin de décrire une norme ouverte basée préférentiellement sur des standards ouverts.

Par exemple, si l’ensemble des administrations françaises décidait d’utiliser des standards ouverts, et qu’aucun format de document textuel ne lui convenait, elle pourrait éventuellement en proposer un basé sur une syntaxe XML/DTD/XSLT [3]. Elle pourrait aussi proposer aux administrations européennes de travailler à la co-définition, et à l’amélioration de la norme. Ainsi, nous pourrions imaginer la définition d’une norme de description de formulaires qui pourrait être facilement internationalisable [4].

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En quoi imposer les logiciels libres peut-il être contre-productif ?

image 108 x 78Imposer le logiciel libre revient à sauter directement à la solution, plutôt que de laisser les publics visés faire le chemin eux-mêmes. Les défenseurs du logiciel libre aimeraient pouvoir partager leurs données. Ils pensent que le Logiciel Libre est en général une bonne solution car celui-ci privilégie les normes ouvertes et l’interopérabilité. En fait, cela revient à imposer l’interopérabilité en imposant des outils. Ceci est l’argument des opposants aux logiciels libre : un outil comme Word est très diffusé, il est un standard de fait. En effet, chaque logiciel est une copie parfaite de l’original. Il met parfaitement en pratique la norme qu’il est censé respecter, ainsi peu importe la norme pour l’interopérabilité si tout le monde a le même logiciel. Imposer le logiciel libre devient donc aussi arbitraire qu’imposer une solution propriétaire.

De plus, que fait-on quand il n’y a pas de logiciel libre satisfaisant pour une tâche donnée ? Cela reviendrait à occulter l’aspect interopérabilité [5] et mettrait en valeurs les logiciels propriétaires.

- Remarquons aussi que tous les logiciels libres n’utilisent ou ne respectent pas forcément parfaitement les standards ouverts.
- Les formats de documents sont multiples en logiciels libres (LaTex, RTF, DocBook, Abiword, StarOffice, OpenOffice...). Lequel doit être choisi ?
- Mozilla n’implémente pas parfaitement les CSS. Devons-nous inciter les organismes à faire des pages web qui s’affichent parfaitement sous Mozilla, ou les inciter à respecter la norme CSS. En imposant le logiciel, nous focalisons les parties prenantes sur les mauvaises priorités : respect du logiciel plutôt que le respect des standards ouverts.

Enfin, la communauté du Logiciel Libre sera accusée, à juste titre, d’être lancée dans une guerre idéologique contre les éditeurs de logiciels, qui ont le seul tort de produire du logiciel commercial. En effet, il est aisé de constater que :
- il y a de mauvais logiciels libres (qualitativement) notamment en terme de respect des standards,
- il y a de bons logiciels propriétaires qui respectent les standards ouverts.

L’argument de l’interopérabilité ne tient donc pas.
Notre façon d’imposer le logiciel libre pourrait donc être considérée comme une atteinte à la libre concurrence.

Si vous êtes convaincus de la qualité du logiciel libre, laissez-le s’imposer dans des conditions qui, de toute façon, seront profitables à l’ensemble de l’écosystème informatique. Mettons les logiciels libres et non libres sur un pied d’égalité en termes de chances de succès et laissons les meilleurs s’imposer !

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En quoi imposer des normes ouvertes est-il bénéfique pour tous les acteurs du logiciels ?

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Les arguments économiques

- Inciter à l’innovation. En obligeant les sociétés à utiliser les standards ouverts, elles ne peuvent plus verrouiller un marché par le format, et doivent renoncer aux terrains déloyaux pour être productif.
- Diminuer le prix des licences. Certains acteurs tirent de leurs normes fermées une rente de situation qui leur permet d’imposer un prix excessif pour leurs produits parce que les utilisateurs sont dans un marché captif. En ouvrant le marché à la concurrence, les prix des outils et prestations [6] informatiques devraient baisser.
- Pérenniser les investissements informatiques. Si un éditeur (de logiciels libres ou non) vous fournit une solution basée sur des standards ouverts, il pourra toujours disparaître, vos données (l’essentiel) seront toujours récupérable. Cela favorise l’indépendance face au fournisseur, mais fait peur aux éditeurs qui pratiquent la captivité.
- Pérenniser les normes. Nous constatons que des normes ouvertes comme PostScript, SMTP, TCP/IP, SQL, ASCII, HTML ont des durées de vie supérieures aux normes fermées, qui ne durent parfois que le temps d’un produit (format Quark Xpress)
- Fertiliser l’écosystème. Si les standards sont ouverts, le coût à l’entrée pour un nouvel acteur du marché devient faible. De petites entreprises deviendront à même de concurrencer de gros éditeurs, et ainsi cela pourrait doper la vitalité du secteur informatique plutôt que de laisser des quasi-monopoles s’assoupir.
- Diminuer le rapport signal/bruit. L’incompatiblité des standards, notamment au niveau des données, entraîne automatiquement une perte d’information à chaque transformation de format. En diminuant le nombre de formats, nous diminuons la perte d’information. De plus, l’incompatibilité et la transformation de formats est coûteuse en temps de travail et de transformation de l’information sans réelle valeur-ajoutée.
- Capitaliser le savoir. Si les formats sont ouverts, ceux qui désirent travailler dessus [7] peuvent capitaliser leurs connaissances indépendamment des outils utilisés.

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Arguments éthiques

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- Faciliter les communications entre individus. Au même titre que le système métrique international a facilité le commerce, cette démarche généreuse profitera à tous les Hommes [8]. Les Pays en voie de développement pourront directement profiter et participer à notre travail, sans consentir de gros investissements en dehors des infrastructures d’égal à égal. Ceci leur est aujourd’hui interdits.

- Une norme ouverte évite les développements inutiles qui ne participent pas au bien commun. Certains répondront que ce gaspillage génère de la richesse. À cela deux arguments peuvent être opposés :
- les ressources dégagées permettraient de développer de nouveaux outils car de toute façon tous les acteurs devront innover et se démarquer pour survivre.
- même si peu le perçoivent, l’industrie informatique est polluante [9]. Réduire cette consommation par un usage raisonné de l’outil informatique aboutirait à un recul des pollutions liées à ces pratiques.

- Apporter son écot au bien commun. Les standards ouverts permettraient que nos activités, même menées à titre privé, profitent au bien général. Une société privée qui améliore une norme ouverte l’améliore aussi pour le reste des acteurs. Cette démarche généreuse augmentera aussi la crédibilité, le renom du contributeur : c’est la possibilité pour tout individu de se voir reconnu par son travail, indépendamment de son statut.

- Développer les connaissances. Les normes ouvertes, c’est aussi la possibilité pour les individus de se former tout au long de la vie sans être dépendant d’une entreprise, ou d’un éditeur [10].

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En quoi imposer des normes est-il intéressant pour le logiciel libre ? [11]

La concurrence déloyale liée à des normes fermées sera levée. Le logiciel libre pourra ainsi augmenter son potentiel. De plus, le respect des standards ouverts dans le bazar qu’est le logiciel libre reste la norme. La communauté possède sur ce point un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises ; elle ne le perdra que si elle cesse d’être inventive et dynamique.

Les sociétés commerciales travaillant dans le même sens que la communauté du Logiciel Libre, nous pouvons espérer faire des applications dans de nouveaux domaines et trouver de nouveaux sujets d’étude attrayants.

De toute façon imposer un logiciel libre spécifique pour taper un e-mail ou consulter le web est ridicule !
Imaginez que le standard pour gérer les fichiers de texte simple soit xedit [12] ; cela reviendrait à proscrire Notepad, Emacs ou Vi pour taper une page web ou n’importe quel fichier texte ! Imposer le logiciel libre reviendrait à imposer une marque donnée de fil à plomb pour les maçons en supposant d’une part que cela suffira à obtenir des murs droits, et d’autre part que cela conviendra à tout le monde. Si l’objectif est d’avoir des murs droits, pourquoi ne pas imposer des murs droits ?

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Le futur

Les normes ouvertes sont aussi l’occasion de faire partager des méthodes de travail, basées sur une certaine éthique de la discussion, qui font tendre les personnes vers une meilleure compréhension les uns des autres. Nous espérons non seulement augmenter à terme la convergence et l’ouverture des formats, mais aussi aider à améliorer la communication entre les Hommes. Bizarrement, nous leur portons plus d’intérêt qu’aux logiciels, et invitons d’autres à nous rejoindre.

Ceci permettrait de faire évoluer les mentalités : aujourd’hui un système d’information décrit souvent un système informatique [13]. Demain, il décrira peut être un système d’information [14], tout simplement.

Merci à Raphaël Rousseau pour ses corrections, et ajouts de liens qui enrichissent ce texte.

Mr Bernard Lang me précise que l’utilisation tel-quel de standard et norme est confuse : norme et standard sont deux synonymes. Les normes se multipliant (notamment du fait des formats propriétaires et des organismes de normalisation) j’ai choisi arbitrairement de privilégier standard ;
- il vient du mot français étandard
- standardiser implique la notion de réduction des choix possibles.

Version 0.2
Il peut être visualisé avec toutes ses modification sur notre CVS
 [15]
Ce texte a pour but d’inciter les lecteurs intéressés à venir nous rejoindre afin de bâtir ou d’aider un projet méthode libre à bâtir le manifeste pour des standards ouverts.

[1Pour Bruce Perens, ce sont les standards ouverts qui doivent être imposés, et il l’exprime dans sa campagne pour un choix sincère en matière de logiciels : Sincere Choice.

[2ou code source

[3XML/DTD/XSLT sont des normes décrites par le W3C

[4Internationalisable : traduit aisément en plusieurs langues

[5capacité à échanger des données informatiques indépendamment des ordinateurs et des logiciels.

[6Sur un marché où les normes sont connues, il est plus facile de faire émerger des prestataires, et ainsi l’offre de prestataires augmente, se diversifie et s’assainit.

[7utilisateurs et fournisseurs

[8et toutes les Femmes

[9utilisation de composés toxiques et métaux lourds pour graver les circuits imprimés, consommation non nulle d’énergie électrique

[10Pour ceux qui n’ont pas suivi c’est un effet de bord de la pérennité des normes :)

[11Chapître à l’attention des chagrins qui n’aiment que le Logiciel Libre.

[12Xedit est un éditeur de texte du monde Unix très courant, mais également très pauvre en fonctionnalités et quasi inutilisable.

[13décrit par ses logiciels, machines, prestations, contraintes

[14décrit par ses flux de données.

[15CVS est un système de contrôle de version

forum

  • > > > Vers un manifeste pour les standards ouverts.
    23 novembre 2002

    Bonjour,

    J’ai lu avec intérêt votre manifeste pour les standards ouverts, inspiré comme vous le soulignez par les brillantes propositions de Bruce Perens pour l’état de Californie.

    J’approuve dans l’ensemble votre propos dans un contexte général. Notamment, je crois que vous avez parfaitement raison de souligner que rendre l’accès aux données techniquement impossible, donc, indépendamment de toute considération sociale motivant une demande d’accès, doit toujours être un choix conscient, délibéré et justifié, que couvre fort bien à elles seules les techniques actuelles de cryptographie.

    Je crois cependant que vous ne comprenez pas en quoi l’intérêt collectif exige la généralisation du logiciel libre dans l’administration. Cette généralisation ne pouvant en pratique être réalisée par une brutale révolution, mais plutôt par une évolution continue imposée par des règles de droit (carottes et bâtons, comme d’habitude), remettre en cause les directions choisies visant à imposer le logiciel libre dans l’administration revient à mon avis à nuire à l’intérêt collectif. Je vous dois quelques explications pour cette affirmation :

    Le rôle de l’administration est de réaliser pour le compte de tous les citoyens des actes selon des règles définies par ailleurs, et notamment, d’arbitrer les inévitables conflits d’intérêts entre les citoyens. L’intérêt de procéder ainsi est d’inciter les citoyens à se reposer sur des procédures pacifiques pour résoudre leurs conflits plutôt que de recourir à la violence. Idéalement, l’administration devrait donc être un dispositif absolument mécanique et transparent, que n’importe qui devrait pouvoir examiner sous tous ses angles pour accepter librement et en toute connaissance de cause soit de lui faire confiance, soit d’agir par les voies politiques acceptables pour qu’elle évolue dans la direction souhaitée par le consensus collectif tel que librement défini entre citoyens.

    Dans un pays libre, les citoyens définissent selon diverses modalités les règles qui les régissent, mais peuvent légitimement douter du travail de leur administration. La paix sociale impose en théorie que le citoyen fasse confiance à l’administration, mais cette confiance ne découle pas de soi, et ce n’est pas être un mauvais citoyen que refuser d’accorder aveuglément sa confiance à l’administration. De son côté, le travail de l’administration est de faire son possible dans le cadre des moyens dont elle dispose pour inspirer confiance au public, la solution la plus simple pour cela étant de fonctionner de manière aussi transparente que possible. En « full disclosure » comme on dit chez les hackers, si je puis me permettre cette analogie.

    C’est pour cela que l’informatique est tellement utilisée dans l’administration, car l’ordinateur est l’instrument idéal pour appliquer une règle telle qu’on la lui a définie. Reste alors à savoir si le logiciel fait bien ce qu’on croit qu’il fait, et si les données qu’on lui fournit sont justes (garbage in, garbage out, si je puis me permettre cette analogie). On pourrait observer que nombre d’entreprises privées gagneraient tout autant à adopter cette politique de transparence pour obtenir effectivement de bon gré la confiance de leurs clients, mais sans doute déborderions-nous quelque peu du cadre.

    Dans le contexte de mon exposé, je partirais du principe toujours contestable qu’il n’existe pas d’inconvénients à un contrôle aussi poussé soit-il du travail de l’administration par le citoyen, quitte à ce que sa mise en oeuvre se traduise par la mise en cause de l’administration, ou la mise en évidence de l’impuissance de l’administration à appliquer telle réglementation telle qu’elle a été définie. L’administration y perd ce que la paix sociale y gagne, et puisque l’administration n’existe que pour aider à la paix sociale, cela n’est pas important.

    La plupart des logiciels qui mettent en oeuvre ces fameuses règles de droit ne sont pas des logiciels libres. À vrai dire, les règles exactes appliquées par l’administration pour faire son travail ne sont même pas toujours documentées, et reposent sur des usages locaux ou des règles informelles. Loin de moi l’idée de vous donner quelque exemple précis, vous en trouverez d’innombrables dans les bonnes bibliothèques universitaires.

    Même lorsqu’un logiciel est seul responsable de la bonne application d’un texte, le citoyen qui n’a pas accès au code source des produits utilisés ne peut pas contrôler la bonne exécution de la démarche sans disposer de toutes les données et du résultat du traitement, ainsi que de l’ensemble des règles applicables.

    Or, il arrive que les traitements réalisés exigent des moyens techniques hors de portée du particulier désireux de les contrôler : c’est le cas, par exemple, pour les prévisions météorologiques. Souvent, aussi, il arrive qu’il soit déraisonnable de communiquer soit les données en entrée, soit les résultats d’un traitement. Pour choquante que puisse paraître cette affirmation, je vous donnerai un exemple simple :

    Imaginons qu’une administration soit chargée de déterminer s’il est ou non pertinent de construire un centre d’accueil spécialisé pour le traitement de telle maladie dans tel lieu. Pour cela, on cherche généralement à savoir combien de personnes souffrant de telle maladie habitent à tant de kilomètres du lieu proposé d’implantation.

    Il est évidemment impensable de laisser au public accès aux données de recensement qui permettraient d’identifier la liste des personnes souffrant de telle ou telle maladie ou leur lieu de résidence. On peut même trouver déraisonnable de publier le nombre exact de personnes touchées dans tel secteur à telle date. Comment pourrait-on alors contrôler le travail de l’administration sans accès au code source du logiciel chargé du traitement et de tous les logiciels intermédiaires ?

    Vous ne pouvez par contre ignorer que quiconque réellement assez motivé pour cela peut lire et analyser le code de tout logiciel avec peu de moyens, quelle que soit la mission pour laquelle ce logiciel a été conçu. Ainsi, le contrôle citoyen peut s’exercer sur les travaux de l’administration si celle-ci utilise des logiciels libres pour toutes ses missions.

    Vous objecterez alors certainement que s’il n’est pas possible de contrôler les données en entrée ou en sortie, le traitement peut être juste, mais s’appliquer sur des données erronées, donc, produire un résultat inexact. Sur ce point précis, je ne pourrais que vous répondre que lorsque notre société estime que certaines données doivent être contrôlées mais non divulguées, elle doit par ailleurs se doter de procédés spécifiques à chaque besoin, c’est à dire « inventer des métiers de contrôleurs ». Bien entendu, il est important que ces données, divulguées ou non, soient stockées dans des formats ouverts, éventuellement cryptés par des procédés tout aussi ouverts, puisque c’est la société qui doit déterminer qui doit les contrôler, comment, qu’elle a le droit de changer d’avis avec le temps et qu’il ne doit exister aucune barrière technique à l’exercice de la volonté de la société, heureusement fluctuante, sans quoi, en quoi prétendrions-nous évoluer ?

    Bien à vous,

    • > > Vers un manifeste pour les standards ouverts
      25 novembre 2002, par jul

      Bonjour,

      Je dois admettre que je n’avais jamais penser au problème de la confiance à accorder à l’état. Le raisonnement dans son ensemble me semble pertinent, pour l’adoption du logiciel libre.
      Excpeté sur un point qui motive mon propos : celui de faire adopter le logiciel libre avec la carotte et le baton.

      L’administration a pris l’habitude d’avoir une démarche liée au logiciel commerciaux. Ils sont des clients qui exigent de leur fournisseurs un comportement réglé :
      - si j’utilise votre logiciel, en retour je vous paie suffisamment cher pour que vous le fassiez marcher,
      - en corollaire, je me moque de comment il marche pourvu que ça tourne.

      Pour que l’administration profite du logiciel libre, il faut qu’elle profite de ses méthodes. Il n’y a ni client ni fournisseur, il n’y a que des prodummateurs [1]. Le premier pas pour que l’administration rentre dans la méthode logiciel libre est qu’elle s’intéresse à son informatique par son aspect essentiel : l’échange de données. Il y a fort à parier que rapidement elle découvrira que le code source des programmes [2] est une données à part entière. En acceptant la norme ouverte telle que définie, elle fait un pas vers l’acceptation de la notion d’ouverture du code. Il ne lui reste plus que quelques pas pour adopter le logiciel libre.

      Il me semble que la communauté est plus efficace en accompagnant l’administration dans sa démarche non par la pression, mais par ce qu’elle fait déjà ; apporter son support par ses moyens favoris : newsgroups, channel irc, pages webs, contribution, projets collaboratifs...

      Et je m’inscris dans cette démarche : acompagnons l’administration pour que cela se passe au mieux, et (partialement) je dis que même pour faire adopter le logiciel libre nous sommes obligés de commencer par les standards ouverts.

      • > > > Vers un manifeste pour les standards ouverts
        25 novembre 2002, par Raph

        Vous rejoignez dans votre raisonnement l’objet de notre récent article "1- standards ouverts, 2- Logiciels libres" !

        En effet, rien ne sert de faire passer le logiciel libre aux forceps si les utilisateurs finaux n’ont pas intégré un certain nombre de comportements responsables, et s’il ne sont pas en mesure de trouver dans les logiciels libres ce qui manque au logiciel non libre.

        De plus il serait illusoire de passer outre les forces d’opposition dont sont capables ces utilisateurs finaux, qui voient toujours d’un mauvais oeil l’irruption d’une "nouvelle technologie". Il faut s’attirer leur adhésion, plus que leur forcer la main.

        • > > > > Vers un manifeste pour les standards ouverts
          26 novembre 2002

          Dans le cas de l’administration, les utilisateurs finaux en question ne choisissent jamais les logiciels qu’ils utilisent et ne les ont jamais choisis. Les utilisateurs finaux, dans l’administration, utilisent les outils qu’on leur impose.

          La présence de logiciels utilisant des formats propriétaires dans l’administration est une évolution récente : tel n’était pas le cas fin 70-début 80 (avec la micro-informatique, en gros). à cette époque, la notion de logiciel libre avait peu de sens, puisque tout programme de gestion sur bases de données restait en général lisible par son opérateur (à quelques features spécifiques à tel interprète près).

          Revenir au code et aux formats de données ouvert revient en fait pour l’administration à mettre un terme à une dérive vers la dépendance aux produits opaques et formats non-documentés.

          • > > > > > Vers un manifeste pour les standards ouver
            26 novembre 2002, par Raph

            Avoir accès au code source n’est quand même pas suffisant pour faire un logiciel libre...

            Si on n’a pas le droit d’utiliser le soft comme bon nous semble, ni de le modifier, ni de le redistribuer, alors il est juste en « sources accessibles ».

            Remarquez que notre propos s’oriente vers des « standars ouverts », ce qui va plus loin que des « formats ouverts ». Si le format n’est pas standard et que mon logiciel ne supporte que son format dont il est le seul à en faire usage, et que pour courronner le tout le format n’est pas documenté, mais juste compréhensible par lecture du code source de l’application qui le gère... on est alors bien loin d’un « standard » !

            • > > > > > > Vers un manifeste pour les standards ouv
              28 novembre 2002

              >Avoir accès au code source n’est
              > quand même pas suffisant pour
              > faire un logiciel libre...

              Bien entendu.

              Mais si on admet que l’un des objectifs est de préserver l’accès au code source pour rendre les systèmes auditables par des tiers extérieurs, experts indépendants, associations engagées, etc.

              Si on admet qu’il n’existe pas d’inconvénients une fois l’accès au code source établi que le logiciel en question soit libre,

              Alors, un logiciel libre répond aux préoccuppations soulevées : donc, pourquoi pas un logiciel libre ?

              Il y a moins bien et plus compliqué que le libre, c’est sûr.

      • > > > Vers un manifeste pour les standards ouverts
        26 novembre 2002

        L’un des problèmes récurrents du logiciel libre est sa grande difficultés à lever des fonds, mais surtout, à trouver un modèle économique viable.

        Rendre l’usage de logiciels libres obligatoire revient de fait à imposer aux administrations de consacrer les moyens qu’elles consacrent chaque année en acquisition de licences logicielles à l’utiliser "autrement" pour combler les mêmes besoins.

        J’ose imaginer qu’il se trouvera des individus assez talentueux pour faire face au défi proposé, s’il s’avère que le jeu est clair (loi + calendrier d’application) : le libre n’est pas forcémment gratuit, le programmeur de logiciel libre n’est pas forcémment désintéressé.

  • > Vers un manifeste pour les standards ouverts.
    22 novembre 2002

    Bonjour il y a une erreur dans le titre du PDF. Un gros " " c’est glisser dans celui-ci ;(
    Merci de bien vouloir corriger